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4 septembre 2009 5 04 /09 /septembre /2009 21:38

Tournage de Mission: Impossible avec Tom Cruise (1996)

À l’origine des films (longs-métrages) de Brian De Palma, on trouve :

- sept scénarios écrits par le réalisateur seul : Murder à la Mod, Phantom of the Paradise, Dressed to Kill, Blow Out, Raising Cain, Femme Fatale, Redacted,

- deux scénarios en collaboration avec Charles Hirsch : Greetings, Hi, Mom!,

- un scénario écrit avec Cynthia Munroe et Wilford Leach : The Wedding Party,

- un scénario en collaboration avec Robert J. Avrech : Body Double,
- un scénario écrit par ses élèves quand il enseignait au Sarah Lawrence College, d’après une de ses histoires : Home Movies,
- une pièce d’Euripide (Les Bacchantes) adaptée par William Arrowsmith : Dionysus in ’69,

- un scénario de Jordan Crittenden : Get to Know Your Rabbit,

- un scénario écrit en collaboration avec Louisa Rose : Sisters,

- un scénario de Paul Schrader : Obsession,

- un roman de Stephen King adapté par Lawrence D. Cohen : Carrie,

- un roman de John Farris : The Fury,

- un scénario d’Oliver Stone d’après le film d’Howard Hawks : Scarface,

- un scénario de George Gallo et Norman Steinberg : Wise Guys,

- une adaptation d’une série à succès par David Mamet : The Untouchables,

- un livre de Daniel Lang adapté par David Rabe : Casualties of War,

- un roman de Tom Wolfe adapté par Michael Cristofer : The Bonfire of the Vanities,

- trois collaborations avec David Keopp : Carlito’s Way, Mission: Impossible (avec Steve Zaillian et Robert Towne), Snake Eyes,

- un scénario de Jim & John Thomas et Graham Yost : Mission to Mars,

- un roman de James Ellroy adapté par Josh Friedman : The Black Dahlia.


Compte tenu de cette diversité, peut-on parler de thèmes propres à De Palma ? Oui, dans la mesure où, lorsque le scénario n’est pas de lui ou qu’il n’en apporte pas l’idée, il a librement choisi lui-même chacune des histoires parce qu’elle correspond à son imaginaire, et d’autre part, il a toujours remanié un scénario à sa convenance, marquant chaque intrigue de sa personnalité d’auteur. De ce point de vue, il n’entre pas dans le moule traditionnel d’Hollywood où les réalisateurs sont souvent des techniciens au service d’un scénario.

Ci-dessous, quelques-uns des thèmes depalmiens parmi les plus généraux.

Amour

Premier par ordre alphabétique, ce thème est aussi un des plus importants de l’œuvre depalmienne. Dans la filmographie du réalisateur, l’amour est exploité sous différents angles. Sur le plan du désir sexuel : amour libre (Greetings, Hi, Mom !) ou harem (Phantom of the Paradise), cocufiage (Body Double, The Bonfire of the Vanities, Raising Cain, Mission: Impossible, Snake Eyes, The Black Dahlia), pornographie (Blow Out, Body Double, The Black Dahlia), prostitution (Dressed to Kill, Blow Out, The Black Dahlia), viol (Casualties of War, Redacted), relations incestueuses (Obsession, Scarface) ou déviations psycho-sexuelles (Sisters, Obsession, Dressed to Kill, Body Double, Raising Cain). La sexualité féminine hante De Palma depuis toujours. Souvent dénigré et violemment critiqué par les ligues féministes américaines, De Palma a eu droit à tous les épithètes. Ce qui n’a pas empêché le réalisateur de poursuivre avec cohérence sa carrière, et de conjuguer à tous les modes les comportements, névroses, obsessions et troubles sexuels de la femme. Sur le plan sentimental, l’amour est représenté par les conduites obsessionnelles (Obsession justement, Body Double, The Black Dahlia) ou platoniques (Phantom of the Paradise), sous forme d’idylles adolescentes timides ou enflammées (Carrie), ou par un heureux quotidien banal (The Untouchables). Il y aussi le philia, l’amitié virile avec forte estime voire admiration (The Untouchables, The Black Dahlia), mais souvent trahie (The Fury, Obsession, Carlito’s Way, Scarface, Mission: Impossible, Snake Eyes).

The Black Dahlia (2005)

Blessure

Visages brûlés de Winslow Leach et George Tilden, nez cassé, corps criblés de balles, cicatrice au visage de Tony Montana ou sur le corps de Danièle Breton, plaie à la main, etc. Mais chez De Palma, les blessures sont le plus souvent enfouies au fond des personnages : hantise liée à une douleur psychologique difficile à contenir (Sisters, Carrie, Casualties of War, Redacted) ou démence avec dédoublements de personnalités (Obsession, Sisters, Dressed to Kill, Raising Cain).

Civilisation

C’est l’état négatif d’un milieu hypocrite, tyrannique et intolérant : camarades de lycée, habitants d’un immeuble sur Park Avenue, collègues de travail, soldats de l’armée américaine… Un milieu qui réprime ou rejette les non-conformistes : la fille d’une fanatique religieuse qui se cache au fond de la classe (Carrie), un ancien trader ambitieux traîné en justice et abandonné de tous (The Bonfire of the Vanities), des policiers incorruptibles mal perçus (The Untouchables), un soldat refusant l’ordre de son supérieur de commettre un crime de guerre (Casualties of War), une foule haineuse (The Bonfire of the Vanities)…

Eau

C’est un élément très présent dans l’univers du réalisateur. Sous son aspect négatif, l'eau noie, étouffe, emporte ou dissout. L’eau est donc souvent associée à la mort ou du moins à la menace : douches (Phantom of the Paradise, Dressed to Kill, Scarface), baignoires (Carrie, Femme Fatale), réservoir californien (Body Double), lac (Raising Cain), pluies torrentielles (Dressed to Kill, Femme Fatale, The Black Dahlia), Echo Park (The Black Dahlia), Méditerranée (The Fury), fontaines (Scarface, The Black Dahlia)… L'eau est omniprésente dans Femme Fatale, et montrée sous différents aspects : orage qui gronde, débordement de baignoire ou d'aquarium, Seine, verres ou gobelets remplis d'eau, fontaines, pluie. D’une part, ces éléments rappellent qu’il s’agit d’un rêve mais ils ont aussi une valeur plus symbolique. Laure manipule et navigue en eaux troubles dans lesquelles le paparazzi Nicolas vient s'embourber, tandis que les orages nous rappellent les effets du déluge (comme dans Snake Eyes). Symbole du moyen de purification, de régénérescence, l'eau symbolise ainsi la promesse de développement. Après être tombée les bras en croix dans la Seine, Laure remonte à la surface, vers la lumière rédemptrice, et se réveille dans la baignoire. Cette fois, elle va provoquer le bien en ôtant l'arme des mains de Lily et lui offrir sa seconde chance…

Femme Fatale (2002)

Filature
 

C’est certainement dans Dressed to Kill que se trouve l’une des plus belles séquences du cinéma depalmien. La visite au musée témoigne du travail d’orfèvre fait de minutie et d’exigence par le réalisateur, où chaque détail compte. De Palma créé une attente, un suspense, et joue intelligemment de sa mise en scène avec de nombreux travellings avant/arrière, et des inserts proches de l’écran partagé. Le réalisateur instaure un ressort dramatique aidé en cela par la musique de Pino Donaggio, et par son exemplaire découpage largement préparé au préalable en story-board, où chaque plan permet de mettre davantage en valeur le désir sexuel de l’héroïne, Kate Miller. Substituant les larges allées de Beverly Hills aux rues de San Francisco de Vertigo, la première partie de Body Double présente aussi une très envoûtante scène de filature, où la galerie marchande labyrinthique n’est pas sans rappeler ce fameux musée de Dressed to Kill. D’autres séquences de filature ont précédé ou suivi ces deux exemples fascinants : Sisters, Obsession, The Fury, Blow Out, Scarface, Snake Eyes ou Femme Fatale.

 Folie

La folie est un thème primordial chez De Palma. Elle est présentée dans un éventail nosologique étendu : névroses hallucinatoires ou obsessionnelles, hystéries, manies, phobies, paranoïas, schizophrénies, etc. À l’exception de Sisters, elle touche généralement des personnages masculins (mais souvent des personnages à tendances féminines). Si névropathes et psychotiques fourmillent dans l’œuvre de Brian De Palma, c’est plus parce qu’ils fournissent des comportements cinématographiques intéressants – originaux et imprévisibles – que par inclination pour les descriptions de psycho-clinique.
 

Sisters (1973)

Hallucinations

Elles forment un corpus homogène avec les souvenirs (Body Double, Casualties of War) et les rêves (Sisters, Carrie, Dressed to Kill, Raising Cain). Associées à la folie, elles se caractérisent par leur force de présence réaliste sur l’écran, souvent pour créer la surprise. Mais De Palma utilise parfois des moyens purement cinématographiques (plans inclinés et grand angle de Raising Cain) pour donner un indice au spectateur sur le côté irréel des choses.

Homosexualité

Elle apparaît dès Dionysus in ’69, puis dans le travestissement accompagné de dédoublement pathologique de « Bobby » dans Dressed to Kill, et dans différentes autres identités de Carter dans Raising Cain. Mais ce n’est qu’à partir de Femme Fatale et The Black Dahlia avec leurs érotiques scènes saphiques, que la représentation d’actes homosexuels apparaissent dans son cinéma jusqu’alors singularisé par un romantisme hétérosexuel.

Femme Fatale (2002)

Manipulation

La manipulation dans les histoires de Brian De Palma trouve souvent un écho au cinéma. Le réalisateur s’interroge sur le pouvoir de son propre métier (Blow Out en est le meilleur exemple), amenant à un questionnement plus profond que ces intrigues peuvent parfois paraître. Le monde est perfide, illusoire comme le septième art : on peut abuser du spectateur, l’influencer, lui provoquer des émotions, et donc manipuler avec une combinaison artificielle de sons et d’images. Comme De Palma le dira en détournant Godard (« Le cinéma c’est la vérité 24 fois par seconde ») : « Le cinéma c’est le mensonge 24 fois par seconde. » Dans ses films, les images et les sons sont souvent trompeurs : il faut se méfier de ce que l’on voit (on y reviendra avec le voyeurisme) et ce que l’on entend. Mission: Impossible est certainement le film qui met le plus en avant la manipulation par les images. Par exemple, Phelps met en scène son propre assassinat par le biais de caméras, et se joue ainsi d’Ethan Hunt et du spectateur.

Mission: Impossible (1996)

Mort

Présente dans tous les films, elle est quasiment toujours intentionnelle, et donnée avec une grande variété de moyens : armes à feu, noyades, coups de poignard, de rasoir, de ciseaux, de pics à glace, strangulations, massacres à la tronçonneuse, à la perceuse longue mèche, enfouissement vivant, défenestrations, ou encore désintégration totale par télékinésie. L’imaginaire depalmien est fortement macabre. La représentation d’actes criminels donne lieu à une exploitation narrative marginale, personnalisée par la mise en scène ingénieuse et soignée du cinéaste.

Dressed to Kill (1980)

Nuit

De Palma utilise la nuit pour travailler l’image de manière picturale par des cadrages et des éclairages fouillés. De ce point de vue, Redacted lui a permis de la retravailler en la passant au filtre verdâtre des vidéos infrarouges de l’armée. Elle est souvent liée à la mort puisque fréquemment utilisée dans les scènes de crimes (Obsession, Dressed to Kill, Blow Out, Body Double, The Untouchables, Raising Cain, Mission: Impossible, Snake Eyes, The Black Dahlia, Redacted), ou est annonciatrice de la séquence apothéotique du film : bal funèbre et ensevelissement (Carrie), dénouements tragiques (The Fury, Blow Out, Scarface), révélation du film puis cauchemar (Dressed to Kill), sortie de phobie et épilogue (Body Double), règlement de comptes au milieu d’une catastrophe naturelle (Snake Eyes), à l’issue du rêve (Femme Fatale), dénouement de l’intrigue et difficile retour hanté (The Black Dahlia).

Paysage

Maritime, campagnard, lacustre, urbain, le paysage est toujours typique, immense et omniprésent. Le réalisateur aime voyager et utiliser les décors comme des personnages à part entière de ses films. Les lignes de fuite dissèquent le paysage en emportant les personnages vers le lieu dramatique. Il varie selon les films : jungle thaïlandaise (Casualties of War), jungle colombienne (Scarface), déserts du Montana (frontière canadienne de The Untouchables), déserts jordaniens (l’Irak de Redacted et une partie des décors de Mission to Mars, le reste ayant été tourné à Vancouver et aux îles Canaries), rues de New York (Greetings, Hi, Mom!, Get to Know Your Rabbit, Sisters, The Fury, Dressed to Kill, Blow Out, Scarface, The Bonfire of the Vanities, Carlito's Way), baie de San Francisco automnale (Raising Cain), ville balnéaire au Moyen-Orient (The Fury), place de Notre Dame de la Croix à Ménilmontant (Femme Fatale), site florentin (Obsession), Prague nocturne (Mission: Impossible), panorama sur Los Angeles depuis la chemosphere house (Body Double), rue bondée et toits de Chicago (The Untouchables), route jusqu’à Langley (Mission: Impossible), etc.

Mission to Mars (2000)

Pouvoir

Bien que les films post-60’s de Brian De Palma ont conservé un ton satirique, le nihilisme et l’absurde des premières œuvres ont progressivement laissé place au cynisme et à l’anarchisme. Ce sera souvent dans ses films à gros budgets que le pouvoir ne sera plus seulement circonscrit à la toile de fond, et deviendra un thème important. Annonçant la dégénérescence et la turpitude de la société dont elles sont le reflet, les portraits des figures du pouvoir, brossés avec un goût certain de la caricature et même un sens du comique, servent à condamner leur intolérance, leur hypocrisie et leur stupidité : politiciens véreux (Blow Out, The Bonfire of the Vanities), diabolique producteur de musique (Phantom of the Paradise), traîtres au sein de services gouvernementaux… (The Fury, Mission: Impossible)… militaires (Casualties of War, Snake Eyes, Redacted)… ou policiers (The Untouchables, The Black Dahlia), caïds de la drogue (Scarface, Carlito’s Way), bourgeois suffisants et pasteur d’Église réformée (The Bonfire of the Vanities), etc. Le thème prend une nouvelle direction avec Carrie et The Fury, où il y sera également question de pouvoir surnaturel : la télékinésie.

Scarface (1983)

Voyeurisme

Thème dominant de l’œuvre, le voyeurisme est étroitement lié à la manipulation. Le cinéaste est réellement fasciné par les images détournées, celles des écrans de télévision ou celles que l’on voit à travers quelque chose, comme évidemment un trou de serrure tel celui de l’émission « Peeping Tom » (voyeur) de Sisters, ou alors une fenêtre en mansarde, un rétroviseur qu’on oriente pour profiter d’un spectacle alléchant, beaucoup de caméras de surveillance ou vidéos amateurs, des jumelles ou une longue vue, etc. De Palma aime tout ce qui peut produire de l’illusion. Plusieurs fois, il placera le spectateur du point de vue du voyeur avec caméra subjective, le mettant à la place d’un psychopathe fictionnel dans le début de Blow Out, de Bobby à la fin de Dressed to Kill, d’un tueur pénétrant chez Malone dans Les Incorruptibles, etc. De nombreux endroits prêtent au voyeurisme, citons en vrac un jeu télévisé (préfigurant la télé-réalité) où les candidats doivent deviner si tel candidat observera ou non une femme se déshabiller, un appartement ou une maison en face d’un(e) autre (Hi, Mom!, Sisters, Body Double), une banquette arrière de taxi où une femme succombe aux caresses d’un inconnu (Dressed to Kill), un étang près d’un bois la nuit (Blow Out), des allers et venues dans des immeubles ou maisons placées sous surveillance (The Fury, Raising Cain, Mission: Impossible)… Souvent, la mise en scène de Brian De Palma adopte une plus grande complexité, comme l’observateur observé de Phantom of the Paradise : Swan et Phœnix sont enlacés sur un lit, dans une pièce aménagée dans un comble, avec le fantôme qui les observe depuis le toit. Il se trouve lui-même épié par une caméra de surveillance. Dans Blow Out, le voyeurisme est sonore et permet de découvrir un complot d’État dissimulé.

Body Double (1984)

 
Si l’on repère tous ces éléments thématiques, c’est d’abord parce qu’ils jouissent d’une mise en valeur plastique exemplaire. À côté de ces thèmes généraux, il y a tout un magasin d’accessoires dont le retour régulier détermine de magnifiques réseaux thématiques offerts à la perspicacité de la critique. En vrac : jumelles de vue, appareils photo, caméras de sécurité ou Super-8, rasoir coupe-choux, perruques, porte-jarretelles, talons aiguilles, allumettes, horloges de gare, etc.

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Published by Romain Desbiens - dans Analyses
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